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de la réalisation à la production
je m'amuse souvent (et pas forcement innocement) à faire le parralèle entre mon métier actuel de "faiseur de logiciel" et mon passé d'étudiant en cinéma et audio-visuel (passé trop court, mais les contraintes matérielles de ce bas monde et quelques autres paramètres en ont décidé autrement).
Déjà, j'ai beaucoup de mal à répondre à la question "quel est ton métier?"... j'avoue que je déteste répondre "ingénieur informaticien" ou autres "ingénieur en développement informatique" car cela met une trop grande distance entre mon interlocuteur et moi.
Et puis le pauvre bougre n'en est pas moins renseigné sur la nature même de mon travail. J'obtiens au mieux l'étiquette de "Geek" au pire celle de l'ingénieur intello qui a fait de longues études, ou carrément la moquerie traditionnelle relayée par la fameuse video Youtube que je pense tout le monde connait ici (au cas où: http://www.youtube.com/watch?v=ZdEcyk5G80s ).
Et si la question qui s'en suit est: "tu travailles pour Microsoft?" alors j'ai vraiment tout faux.
C'est pour cela que je contourne un peu la question, et je change ma version.... "je fabrique du logiciel", et déjà cela attire un peu plus la curiosité de mon interlocuteur. "tu fais des sites Web " me demande-t-on parfois, et évidement cela me fait plaisir, car je peux me lancer dans l'explication qu'il n'y a plus de frontière entre logiciel et sites Web.
"fabriquer" est pourtant un terme vague et je lui préfère celui de "réaliser" qui me met en position de réalisateur. On comprend assez bien toute la portée du mot "réalisateur", qui parfois renvoie à "créateur".
Mais créateur a cette notion un peu supérieure de "création", qui pourrait faire paraitre quelque peu présomptueux, bien que j'aime assez souligner que nous faisons un métier qui n'est pas dépourvu de dimension "créative".
Réalisateur, c'est pourtant un terme qui fait de suite penser au monde du cinéma et de l'audiovisuel. Et je m'y retrouve assez bien finalement. Un réalisateur est amené à réaliser différents projets, du film de commande à l'oeuvre plus personnelle, du film publicitaire au long métrage blockbuster, en passant par le film d'entreprise... ou de mariage ;)
Un bon réalisateur de films est celui qui a appris tous les métiers intermédiaires: cadreur, monteur, preneur de son, mixeur, directeur d'acteur, constructeur de décors, inventeur d'effets spéciaux, scénariste. Il peut d'ailleurs sur certains projets cumuler certains (voir la totalité) de ces rôles.
Il est en de même pour le logiciel: codeur, testeur, analyste, architecte, documenteur (documentaliste?)...
Le réalisateur peut travailler seul sur des petits projets ou , et surtout, en équipe dès que le projet le demande.
Il devient donc un pilote d'hommes. Le terme chef de projet n'est pourtant pas très communément admis dans le monde audiovisuel (en France du moins).
D'ailleurs ce rôle ressemblerait plus à celui du producteur: l'homme qui orchestre le projet de film, qui met les hommes aux services des hommes et du projet.
Et qui assume tout ou partie de la responsabilité financière aussi.
Mais vous aurez tous remarqué que dans toute production audiovisuelle (cinema et tv), il n'y a jamais un seul producteur. Il se fait entourer d'une palanquée de producteurs exécutifs, associés, délégues, généraux, sous producteurs, etc... Ce sont des équipes entières de production qui s'occupent d'un projet.
Là dessus, nous, pauvres faiseurs de logiciels, avons peut être quelques leçons à prendre...
Intéressant de voir divers points de vue sur le métier de producteur: http://www.youtube.com/watch?v=r2v2dht1teI
très étonnant comment le dernier lien va parler à tous ceux qui se sont frottés au rôle de chef de projet informatique, mais cela va vraiment au delà (et c'est surement plus intéressant en cela)
Et il apparait qu'une bonne traduction du stakeholder des méthodes agiles, serait le producteur.
Le Producteur représente le Produit (même racine), et derrière le produit viennent ceux qui vont l'utiliser. Le producteur comme ambassadeur à la fois d'un besoin exprimé mais aussi d'une émergence, d'envies implicites, de besoins sous-jacents. Il va jauger du marché, des attentes, des potentialités.
Idéalement son rôle ne s'arrêterait pas à la sortie du produit mais va aussi essayer ensuite de vendre le produit et de le faire se diffuser, d'aider ceux qui vont l'utiliser à vraiment le posséder, à s'investir dans le logiciel livré (accompagnement au changement).
Bref un rôle d'accompagnement indispensable et qui ne peut retomber sur les épaules d'une seule personne mais sur une équipe.
Et un tandem: le réalisateur et le producteur devraient être les 2 piliers d'un projet logiciel comme ils le sont depuis de nombreuses décennies dans le monde audio-visuel, qui possède lui aussi cette dualité "industrie-artisanat";
2 monde professionnels qui se rejoignent sur bien des points...
2 commentaires
Commentaire de: Yann Schwartz [Visiteur] · http://blog.polom.com
C'est un parallèle très intéressant. En fait je m'étais fait la même réflexion à la fin du tournage de mon long-métrage. Moi qui ait toujours fui le poste de chef de projet, je me suis retrouvé à devoir (avec mon co-réalisateur, informaticien lui aussi, mais plutôt Java - on s'aime bien quand même hein) :
* Gérer une équipe de 25 personnes
* Avoir des deadlines délirantes (boucler le tournage en vingt jours)
* Hésiter entre un Big Upfront Design (scénarios, storyboard, plan de tournage) et une méthode agile (on fait un stand up meeting à l'arrache le matin sans aucune idée de comment on va bien pouvoir tourner la scène)
* S'apercevoir que le chiffrage était délirant (une séquence de trente secondes qui prend une journée à tourner)
* Faire confiance sur certaines parties techniques. Avoir de bonnes surprises et de moins bonnes.
* Terminer sur une death march parce qu'il reste quatre jours
* Refactoriser comme des fous au montage
A mon sens, le parallèle projet informatique/tournage est beaucoup plus juste que celui, ridicule, proposé par Paul Graham dans Hackers & Painters.
* Gérer une équipe de 25 personnes
* Avoir des deadlines délirantes (boucler le tournage en vingt jours)
* Hésiter entre un Big Upfront Design (scénarios, storyboard, plan de tournage) et une méthode agile (on fait un stand up meeting à l'arrache le matin sans aucune idée de comment on va bien pouvoir tourner la scène)
* S'apercevoir que le chiffrage était délirant (une séquence de trente secondes qui prend une journée à tourner)
* Faire confiance sur certaines parties techniques. Avoir de bonnes surprises et de moins bonnes.
* Terminer sur une death march parce qu'il reste quatre jours
* Refactoriser comme des fous au montage
A mon sens, le parallèle projet informatique/tournage est beaucoup plus juste que celui, ridicule, proposé par Paul Graham dans Hackers & Painters.
07.12.09 @ 20:53
excellentes remarques.
et en effet, montage = refactoring
par contre il vrai qu'on ne fait pas bcp de Lean sur les tournages, vu les heures et les heures de rushes que le monteur doit "refactoriser" ;)
et en effet, montage = refactoring
par contre il vrai qu'on ne fait pas bcp de Lean sur les tournages, vu les heures et les heures de rushes que le monteur doit "refactoriser" ;)
08.12.09 @ 09:40